Il n'y a aucun problème insurmontable, aujourd'hui, qui pourrait empêcher un homme de concevoir en son sein un bébé durant une période normale de grossesse.
COMMENT OBTENIR UN EMBRYON
La première chose à faire est, bien sûr, d'obtenir un ovule fécondable, dans les meilleures conditions possibles. Pour cela, actuellement, on a recours à une stimulation du développement du follicule ovarien, siège de la maturation des ovules. Ceci, grâce à une série de substances qui accroissent le développement folliculaire multiple et qui fournissent une plus grande quantité de follicules à maturité et d'ovules fertiles. Le problème corollaire à ces techniques est celui des grossesses multiples qui peuvent mettre en péril la vie des fœtus et de la mère. S'il s'agit d'un homme qui n'est pas, normalement, préparé à ce genre d'éventualité par Mère Nature, les difficultés sont encore plus grandes. Pour savoir quand les follicules sont arrivés à maturité et prêts pour la "récolte", on a recours à deux indices la mesure des follicules (par des échographies à haute résolution) et la détermination du niveau de maturation d'une hormone (Clé 17-Beta oestradiol), qui augmente proportionnellement à la maturité des follicules ovariens. Une fois réunies les conditions optimales, le follicule est aspiré au moyen d'un tube ou par ponction directe sous guidage échographie ou par Doppler. On étudie ensuite les ovules recueillis pour vérifier leur indice de maturation et l'existence éventuelle d'anomalies qui pourraient altérer la fécondation ou le développement postérieur du fœtus. On conserve ces ovules à la température adéquate dans un milieu approprié, en attendant la fécondation. Tout ceci relève d'une haute technicité. les spermatozoïdes, obtenus par ponction ou recueillis directement, ont besoin, préalablement, d'être préparés avant de pouvoir effectuer la FIV. Tout d'abord, il faut "nettoyer" les cellules masculines du reste des composants du sperme, ce qui est obtenu par simple centrifugation. Puis, il faut les placer dans un milieu de culture spécial pour qu'ils commencent à bouger et acquière leur capacité maximale de fécondation. On peut procéder alors à cette dernière. Il n'y a rien de plus simple: il faut juste mettre en présence les ovules et les spermatozoïdes qui se chargeront du reste du processus.
Mais, actuellement, on peut encore améliorer le procédé, afin de contrôler des données comme le sexe du fœtus ou la fécondité masculine déficiente. C'est ainsi que l'on peut "opérer" un ovule en disséquant partiellement la zone pellucide ou faire une micro-injection spermatique dans l'espace péri-vitellin. Il faut dire que la star actuelle des congrès sur la fertilité est la "ICSI>: l'injection spermatique dans le cytoplasme de l'ovule, système qui ne nécessite même pas que le spermatozoïde soit vivant, car on utilise uniquement son matériel génétique pour le combiner avec la cellule féminine afin que la division embryonnaire s'opère. Le seul problème lié à cette méthode est qu'elle risque de mettre en péril la délicate structure de l'ovule. Difficulté que l'utilisation de robots contrôlés par ordinateur parviendra à résoudre. Une fois la fécondation obtenue (peu importe la méthode), le futur embryon incube pendant 20 heures dans un milieu nutritif adéquat. Ensuite, on vérifie, au microscope, que la fertilisation a bien commencé. Si tel est le cas, 2 jours plus tard, on vérifie si la division embryonnaire est amorcée et si le futur fœtus est viable, en analysant de petites particules d'ADN. Enfin, on le congèle pour un usage postérieur.


LA MATERNITÉ MASCULINE
A partir du moment où débute la division de la cellule initiale féminine avec l'aide du spermatozoïde masculin, l'embryon va subir une série de changements, se transformant tout d'abord en une sphère, la morula, qui prend ensuite la forme d'une demi-lune, et crée des tissus différenciés. Le premier de ces tissus est un système vasculaire qui donnera postérieurement naissance au placenta. L'embryon "recherche" les vaisseaux sanguins de la zone maternelle pour établir le contact qui lui permettra de recevoir le sang constituant son aliment et le matériel permettant de favoriser sa croissance pour le transformer de créature amorphe en être humain. Et, bien qu'effectivement la Nature ait doté la femme de l'organe idéal pour ce travail, aujourd'hui, celui-ci n'est plus indispensable, même si cela semble incroyable. N'importe quel spécialiste de la question sait que les grossesses extra-utérines naturelles ont toujours existé et que leur évolution a été suivie pendant toute la période de gestation. Certaines grossesses se développant hors des trompes engendrent des fœtus viables qui, plus tard, deviendront des enfants sains. De nos jours, avec les moyens techniques dont nous disposons, on peut envisager des grossesses masculines, bien sûr sous contrôle strict, en payant un prix très élevé, et cela pas seulement sur un plan économique.

Les Techniques

Finalement, ce dont a besoin un fœtus pour se développer est un apport de sang, ce qu'il se charge lui-même de trouver en fabriquant cette incroyable masse spongieuse qu'est le placenta, qui peut adhérer à n'importe quelle source vasculaire du corps de la mère. Il suffit donc de déposer un embryon, plus ou moins laborieusement obtenu, dans n'importe quel abdomen pour qu'il puisse s'y développer en s'accrochant à un organe ou une membrane quelconque. Il faut préciser que le placenta est un élément merveilleux, qui ne se limite pas seulement à "sucer" le sang de son hôte. il régule aussi l'absorption des substances nécessaires et l'élimination des déchets. Il est, en outre, capable de fabriquer une série de substances parmi lesquelles toutes les hormones dont a besoin l'être pour de développer, depuis sa propre progestérone jusqu'aux estrogènes, cortisone et gonadotrophine. Ceci pour le développement harmonieux de cette nouvelle créature qui commence son existence comme un authentique parasite doté d'une certaine autonomie. Les difficultés commencent avec le manque d'espace dans l'abdomen masculin pour accueillir le fœtus goulu. Dans la cavité abdominale se trouve le long appareil digestif, composé de, l'estomac, de l'intestin grêle et du colon, aux côtés du grand filtre et processeur biochimique formé du foie, du pancréas et de la rate, qui régule la plus grande partie de nos processus métaboliques. Ces organes sont entourés d'une membrane séreuse, le péritoine, qui les enveloppe, les protège, les soutient et qui, de plus, possède des vaisseaux sanguins importants pour s'auto-nourrir. Chez la femme, l'utérus, qui se trouve aussi dans le péritoine, s'élargit au fur et à mesure de la grossesse jusqu'à occuper pratiquement toute la cavité abdominale, en déplaçant les viscères creux (gros intestin et intestin grêle) vers le haut, gagnant ainsi de l'espace. Ce développement utérin est rendu possible grâce à son énorme capacité de dilatation. Évidemment, l'abdomen masculin ne présente pas les mêmes caractéristiques. Chez l'homme, à l'emplacement de l'utérus chez la femme, se trouve la vessie. Seul le péritoine (constituant un endroit favorable pour l'implantation d'un ovule, car fortement vascularisé, pourrait parfaitement abriter le placenta fœtal, comme c'est le cas dans les grossesses extra-utérines spontanées. En fait, 4 % de ces dernières se produisent hors des trompes, insérant le placenta dans diverses zones abdominales, depuis la partie inférieure du pelvis ou du rectum, jusqu'à l'épiploon, repli du péritoine qui relie entre eux les organes abdominaux. Il peut ainsi abriter, normalement, un fœtus viable qui se développera parfaitement.
Dans le cas, pour le moment hypothétique mais techniquement possible, où l'on réaliserait une grossesse masculine, avec un embryon préparé in vitro, on devrait chercher où implanter le fœtus dans un abdomen qui ne possède pas l'organe nécessaire pour la mener à bien. Le plus simple serait de déposer l'œuf, au moyen d'une canule semblable à celle utilisée pour l'insémination artificielle de la femme, directement dans la cavité abdominale, sous le péritoine. Ce ne serait pas un mauvais système, car c'est exactement ce qui se passe dans toutes les grossesses extra-utérines qui arrivent à terme. Cet œuf, déposé au hasard, pourrait illustrer la parabole évangélique du semeur. "Le grain qui tombe sur une terre fertile croît et celui qui tombe sur une pierre, dépérit. Pour parvenir à un résultat positif, il faudrait faire de nombreuses "semences" et surveiller par des échographies sophistiquées, la croissance des ovules fécondés pour sélectionner celui qui a le plus de chance de se développer correctement.
Une variante de cette technique
Consisterait à déposer l'embryon dans un endroit choisi (péritoine ou pelvis) et à le protéger par une membrane artificielle qui pourrait favoriser la grossesse en jouant le rôle de la, couverture externe de l'utérus féminin. Même de cette façon, il faudrait faire plusieurs essais, à cause des difficultés logiques rencontrées, pour implanter le placenta fœtal sur l'extérieur d'un organe abdominal. La troisième méthode, relativement brutale bien qu'efficace, serait de "fabriquer" un utérus en utilisant la partie finale de l'intestin, très irriguée par le plexus hémorroïdal, qui peut se dilater facilement grâce à sa propre musculature de fibres lisses. Un fœtus pourrait s'y développer jusqu'à complète maturation. Le danger de cette technique est la nécessité de pratiquer une colostomie, c'est-à-dire de fabriquer un anus artificiel pour la durée de la grossesse. Il faudrait une intervention chirurgicale postérieure pour restaurer le transit normal dans la partie lésée de l'intestin, qui est inapte à subir une telle dilatation et à supporter la surcharge qu'implique la croissance du fœtus. Bien sûr, quelle que soit la technique employée, la grossesse comporte de nombreux risques comme la rupture de la membrane du péritoine ou du viscère utilisé pour l'implant qui générerait une péritonite ou une thrombose mésentérique par compression directe des vaisseaux de la région, etc. La grossesse ectopique provoquée présente un danger constant et requiert une vigilance et des soins très particuliers. L'accouchement par césarienne devrait être suivi d'un examen complet de la cavité abdominale pour éviter que le moindre reste de membrane ou de résidu de placenta puisse, plus tard, causer des infections ou des problèmes de santé à plus ou moins long terme.

GROSSESSE sous HAUTE SURVEILLANCE
Le fœtus, comme le confirment les grossesses extra-utérines spontanées et les informations que nous possédons sur la complexité et le rôle du placenta, est tout à fait capable de s'occuper de lui-même pendant la grossesse, mais la nature l'aide par le biais d'une série d'échanges biochimiques et hormonaux qui se produisent chez la mère. C'est ainsi que l'ovaire s'adapte à la nouvelle situation grâce à la formation de ce que l'on appelle le corps lutéal, qui est la continuation du "nid" où s'est formée l'ovule fertile et qui fournit une quantité notable de progestérone. Cet accroissement de la progestérone provoque, à son tour, une série d'adaptations en chaîne qui concerne tout le système glandulaire féminin: Une plus grande quantité de liquide circulant dans le système vasculaire, un relâchement des tissus musculaires, un accroissement du métabolisme de base, conséquence d'une plus grande activité de la glande thyroïde, etc. L'homme enceint, en plus des apports vitaminiques dont a besoin n'importe quelle femme enceinte, devrait recevoir, durant les premiers mois, des doses de progestérone, puis, au Cours des trois derniers mois, des apports adéquats d'estrogènes pour favoriser le bon déroulement de la grossesse.

L' ACCOUCHEMENT
L'étude approfondie des résultats médicaux relatifs aux grossesses abdominales, chez la femme, semble indiquer que le taux de survie des fœtus est assez important. La grossesse masculine pourra être menée à bien lorsqu'existeront des garanties suffisantes pour que le fœtus arrive à terme, à cause de l'existence du risque majeur encouru, malgré les systèmes de surveillance (échographies, monitoring fœtal, analyses du sang et du liquide amniotique, etc.). Actuellement, la grossesse naturelle est, évidemment, plus sûre, et, d'une certaine manière, plus commode. L'accouchement par césarienne devrait être suivi d'un examen complet de la cavité abdominale pour éviter que le moindre reste de membrane ou de résidu de placenta puisse, plus tard, causer des infections ou des problèmes de santé à plus ou moins long terme. Une équipe médicale confirmée et compétente dans le domaine des soins aux nouveau-nés s'occuperait ensuite du bébé qui devrait être placé en couveuse pendant un certain temps afin que l'on puisse exercer une surveillance efficace. En conclusion, on peut affirmer que la grossesse masculine, actuellement, est techniquement viable. Il faut quand même ajouter que ce "caprice" nécessiterait aussi bien une infrastructure clinique très importante que des équipes médicales et chirurgicales performantes et des experts en néonatalogie pour réaliser les opérations nécessaires. Quant à l'aspect financier de cette entreprise, c'est certainement en millions de dollars qu'il faudrait estimer les dépenses.

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