Les enfants sacrifiés des cimes

Sur un volcan des Andes, à plus de 6000 mètres d'altitude, l'archéologue Johan Reinhard vient de découvrir trois petits corps immolés. Des dizaines d'enfants ont ainsi été sacrifiés dans les montagnes par les Incas. Une pratique qui conserve encore ses mystères.

Au sommet du Liuilaillaco. L'archéologue américain Reinhard s'agenouille près du corps de deux enfants qu'il vient d'exhumer d'une gangue de terre où ils reposaient depuis 500 ans.

Les momies des Andes
Plus de quinze corps d'enfants ont été découverts sur les sommets des Andes ces dernières années. Les conditions de fouilles so,t extrêmes, mais livrent des restes merveilleusement conservés. Ci-dessus l'archéologue Peruvien Miguel Zarrate porte une momie découverte en 1995 sur le Nevado Ampato. En haut à gauche, la petite fille de liullaillaco.



La société inca, dans sa frénésie de contrôle, attache beaucoup d'importance aux classes d'âge. Tous les cinq ans, les enfants sont sélectionnés en fonction de leur groupe social, de leur beauté et de leur perfection physique. A chaque stade, ils sont formés à des taches de rang desquelles l'art du tissage le lus important. Il y a les groupes des nouveau-nés et les enfants de 1à 9 ans, des 9 à 16 ans, des 16 à 20 ans, et des 20 à 25 ans. Pour maintenir ces quotas, les Incas imposent de lourds tributs aux populations soumises. Chaque année, ils réclament que les plus beaux enfants leurs soient remis. Les fillettes, les accla, celles qui sont choisies, sont destinées à devenir "vestales", épouses de nobles incas ou sacrifiées.



Reconstitution d'une tombe d'après les découvertes réalisées en 1995 sur le Nevado Ampato. L'enfant, une petite fille de huit ans, semble recroquevillée dans la fosse exiguë, creusée dans le sol gelé, le permafrost. Elle est entourée d'offrandes.
 
Les dépouilles des enfants sont toujours accompagnées d'offrandes, auxquelles sont attribués des pouvoir magique : des étoffes finement tissées, en laine de vigogne ; de l'or et de l'argent ; des feuilles de coca ; des plumes pour résister aux démons ; des coquilles et coquillages marins.



Chercheur encore ému par ce souvenir. Les dépouilles étaient entièrement recouvertes de textiles colorés. Au cours d 'une manipulation, un pan de tissu a été soulevé et une partie du visage s'est trouvée dégagée. Ce fut un choc pour tous. L'enfant avait l'air d'avoir été sacrifié la veille. La peau était juste bleuie par le froid. Ce sont les momies incas les mieux conservées que j'ai vues de toute ma vie. ".C'est en 1954 que fut découverte la première momie des Andes. Plutôt que de momie, il faut d'ailleurs parler de corps gelé, conservé par le froid extrême de ces sommets. En 1954, donc, des chasseurs de trésors découvrent au sommet du Cerro del Plomo, au Chili, la dépouille d'un garçonnet dont le corps est recouvert d'une tunique en laine de lama et dont le visage porte des traces de pigments rouges et jaunes. Une poupée en argent, entièrement habillée et ornée d'une coiffe de plumes ainsi qu'un lama. d'or se trouvent à proximité de la sépulture. Ce corps n'est que le premier d'une longue et macabre liste. Pichu Pichu, Sara Sara, Ampato, Mont Misti, au Pérou, Quehuar, en argentine: Les cimes de la cordillère des Andes ont livré en tout une quinzaine de dépouilles, la plupart ces quatre dernières années. L'importance de ces découvertes prouve que les Incas se sont livrés à de nombreux sacrifices dans ces montagnes. Il semble d'ailleurs que les pratiques de meurtres rituels, malgré l'interdiction qui les frappera dès le début de la conquête espagnole, en 1532, seront encore en vigueur au début du XX siècle ". Ces rites ont sans doute été liés à des époques de famine, d'épidémie, de défaites militaires explique Johan Reinhard. Les Incas pensaient que seuls des êtres purs pouvaient atteindre rapidement le royaume des dieux et satisfaire ainsi leurs insatiables exigences. Les enfants sacrifiés devaient être parfaits. La moindre marque ou anomalie physique les disqualifiait pour le supplice suprême. Si l'on en croit Abbot Cristobal de Molina, chroniqueur de l'époque, les prêtres incas sacrifiaient plutôt des garçons et des filles de noble extraction. L'immolation avait souvent lieu après les célébrations du solstice d'hiver et d'été, des fêtes qui duraient une dizaine de jours. Bien sur, remarque l'archéologue, ces pratiques nous semblent aujourd'hui cruelles, mais pour les Incas, ces enfants entraient dans un monde divin. " Bien des questions restent encore sans réponse. Pourquoi avoir fait grimper des enfants à de telles altitudes? Pour se rapprocher de l'astre suprême? Cette explication semble loin d'emporter l'adhésion des chercheurs. Depuis peu, Johan Reinhard s'est mis à collecter des informations auprès des descendants des Incas, lesquels vénèrent toujours les montagnes. De nos jours ils y déposent des offrandes, qu'ils appellent apus.


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